Il y a plusieurs phénomènes qui cumulés montrent que l'on va vers une spirale de dépression économique. Le premier phénomène est la hausse sans précédent des déficits publics partout dans le monde. Beaucoup de gens parlent de remboursement des déficits en monnaie de singe, avec l'inflation. Sur le très long terme c'est exact, mais cela suppose que les liquidités soient réinvesties !
Le premier phénomène qui s'oppose à cette idée reçue d'inflation engendrée par les déficits est lié à l'impact psychologique des déficits : les ménages vont épargner plus, par peur d'une hausse des impôts. Le second phénomène est la spéculation obligataire (spéculation à la baisse sur les taux longs), dont j'ai déjà parlé dans d'autres posts.
Les ménages vont épargnerCelui qui a aujourd'hui de l'argent peut faire les choix suivants :
1-J'investis mon épargne en actions (on peut d'ailleurs se demander en quoi acheter des actions contribue réellement à financer les entreprises à l'heure actuelle!), j'investis dans l'immobilier, j'acquiers des terrains cultivables, des actifs en tout genre. Bref, je mise sur une future croissance qui génèrera une hausse des prix, hausse des salaires, hausse des actifs face au cash...
2-Je sens que la situation économique n'est pas bonne, et je préfère m'orienter vers des placements d'épargne pure, comme du monétaire (qui ne rapportent plus rien!), ou bien des obligations d'état ou d'entreprises qui offrent des rendements plus intéressants. Je peux aussi accumuler de l'or.
3-Je le dépense... :=)
L'actuelle communication des entreprises et des États concernant des emprunts obligataires n'est pas un hasard, elle témoigne d'un phénomène nouveau d'aversion au risque
, de besoin sans précédent d'épargne pour financer des déficits de plus en plus abyssaux, censés relancer l'économie (ou pas). La hausse des déficits des caisses de retraites et l'allongement de la durée de cotisation laisse penser que de plus en plus de gens vont constituer une épargne de précaution, par peur de l'avenir, par peur de ne plus toucher de retraite (via par exemple des retraites complémentaires, soit un nouveau support d'épargne vraisemblablement investi en bonds du trésor!). Le taux d'épargne étant déjà relativement élevé en Europe, c'est du côté des États-Unis où les changements de comportements risquent d'être les plus visibles.
Les entreprises n'investissent plusD'après l'INSEE :
"Pour 2009, les industriels prévoient désormais une chute record de leurs investissements, de 21 % dans l’industrie manufacturière et 18 % dans l’ensemble de l’industrie. Ils accentuent ainsi la contraction des investissements anticipée en janvier 2009, de 9 points pour l’industrie manufacturière et de 6 points pour l’ensemble de l’industrie. Le recul serait d’ampleur inédite dans les secteurs des biens intermédiaires ( 30 %) et de l’automobile ( 24 %).
En rythme semestriel, les industriels sont également inhabituellement nombreux à faire part d’une baisse de leurs investissements au premier semestre 2009. Ils apparaissent, par ailleurs, très pessimistes en ce qui concerne les projets d’investissements du second semestre." (*)
En résumé, nous risquons de voir dans les années à venir une chute des investissements et un retour à l'épargne, sur des supports dits sûrs tels que les obligations d'état. Les liquidités vont ainsi êtres absorbées par les obligations pendant que l'appareil productif et les actifs seront délaissé. Ce phénomène d'attraction des bonds du trésor (baisse des taux longs) est caractéristique d'une dépression économique. Nous en apercevons dores et déjà les premiers symptômes.
(*)
http://www.insee.fr/fr/themes/indicateur.asp?type=1&id=15